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<HEAD><TITLE>Baudrillard se tape la colonne</TITLE></HEAD> 

<BODY> 
<IMG  Align=Top SRC="paris.gif">

<H3>Moyen de gaspiller le temps : Baudrillard</H3>

<I>Informal remarks on the vacuity of Baudrillard's book on America.  <A HREF="#english">English translation</A> follows.

<P>Remarques informelles sur la vacuit&eacute; du livre de Baudrillard sur l'Am&eacute;rique.  Un ami fran&ccedil;ais (&eacute;trange &agrave; dire) a admir&eacute; le vigeur de mon fran&ccedil;ais, ici montr&eacute;.  &Agrave; vous d'en juger.

<P><a href="contact.html">--Mark Rosenfelder</a></i>

<hr>

<P>Je suis en train de lire le bouquin qu'un ami a sugg&eacute;r&eacute;, <B>Am&eacute;rique</b> de Jean Baudrillard; et je dois dire qu'il m'&eacute;chappe presque.  Pour moi, ce n'est pas un livre sur l'Am&eacute;rique; c'est un po&egrave;me masturbatoire provoqu&eacute; des r&ecirc;ves d'Am&eacute;rique.  Prenons par exemple cet extrait :

<BLOCKQUOTE>
Il y a une sorte de miracle dans la fadeur des paradis artificiels, pourvu qu'ils atteignent &agrave; la grandeur de toute une (in)culture.  En Am&eacute;rique, l'espace donne une envergure m&ecirc;me &agrave; la fadeur des <i>suburbs</i> et des <i>funky towns</i>.  Le d&eacute;sert est partout et sauve l'insignificance.  D&eacute;sert o&ugrave; le miracle de la voiture, de la glace et du whisky se reproduit tous les jours : prodige de la facilit&eacute; m&ecirc;l&eacute;e &agrave; la fatalit&eacute; du d&eacute;sert.  Miracle de l'obscenit&eacute;, proprement am&eacute;ricain : de la disponibilit&eacute; totale, de la transparence de toutes les fonctions dans l'espace, qui lui pourtant reste insoluble dans son &eacute;tendue et ne peut &ecirc;tre conjur&eacute; que par la vitesse.
</BLOCKQUOTE>

<P>Son style a de l'esprit, il a du mouvement; mais je ne trouve gu&egrave;re une phrase que je ne peux pas contester.  

<UL>
<LI> Il parle beaucoup du d&eacute;sert, et bien s&ucirc;r que c'est tr&egrave;s impressionant le d&eacute;sert, et c'est vachement surr&eacute;el d'y &eacute;riger des villes (Los Angeles, Phoenix, Las Vegas).  Mais le d&eacute;sert, c'est dans le sud-ouest du pays, historiquement la <b>derni&egrave;re</b> r&eacute;gion qu'on a colonis&eacute;e : il n'a pas pu donc contribuer beaucoup &agrave; la caract&egrave;re nationale.

<LI> La &lt;&lt;fadeur&gt;&gt;, l' &lt;&lt;inculture&gt;&gt; : c'est &ccedil;a le genre d'insulte que j'attends des &eacute;coliers de l'Internet, et non pas des grands &eacute;crivains.  Ce n'est que le snobbisme classique de l'intellectuel europ&eacute;en &agrave; propos des amerloches : &lt;&lt;Z'avez peut-&ecirc;tre du fric &agrave; gogo, mais on a de la <b>culture</b>, nous&gt;&gt;.  C'est un peu d&eacute;mod&eacute; de nos jours, surtout quand la prosperit&eacute; et le mauvais go&ucirc;t sont assez r&eacute;pandus en Europe.

<p>(Mes amis fran&ccedil;ais expliquent que l' &lt;&lt;inculture&gt;&gt; c'est presque un compliment chez Baudrillard : pour lui la culture europ&eacute;en est trop art&eacute;rioscl&eacute;rotique, l'Am&eacute;rique lui para&icirc;t une lib&eacute;ration.  Mais ceci n'est que l'autre c&ocirc;t&eacute; de la m&ecirc;me ignorance.  Il oppose &agrave; son id&eacute;e d'une Europe caduque une fantaisie d'Am&eacute;rique de son invention.)

<LI> Il y a <i>funky</i>, il y a <i>town</i>, mais il n'y a pas une chose qui s'appelle une <i>funky town</i>.

<LI> L'obscenit&eacute; est proprement am&eacute;ricaine ?  S'il veut dire la concupiscence ou la d&eacute;cadence, on peut les trouver assez facilement &agrave; Paris, &agrave; Rome, &agrave; Bangkok.  (Il n'a jamais vu Fellini ?)  M&ecirc;me jeu avec l'insipidit&eacute;, ou la cupidit&eacute;, ou les horreurs de nos affaires &eacute;trang&egrave;res.
</ul>

<P>Plus tard on lit : 
<BLOCKQUOTE>
L&agrave; o&ugrave; ils passent leur temps dans les biblioth&egrave;ques, je le passe dans les d&eacute;serts et sur les routes.  L&agrave; o&ugrave; ils tirent leur mati&egrave;re de l'histoire des id&eacute;es, je ne tire la mienne que de l'actualit&eacute;, du mouvement de la rue... Ce pays est na&iuml;f, il faut y &ecirc;tre na&iuml;f.
</BLOCKQUOTE>

Belle m&eacute;thodologie!  Il fera son anthropologie en ne faisant que conduire sur l'autoroute!  Et quand il n'entre pas dans les biblioth&egrave;ques ni consid&egrave;re les id&eacute;es, il ne court pas bien s&ucirc;r le risque d'encontrer la culture!  


<P>C'est peut-&ecirc;tre que je n'entends pas tr&egrave;s bien les intellectuels fran&ccedil;ais.  Ils ont (me para&icirc;t-il) une tendance &agrave; trop g&eacute;n&eacute;raliser; leur propos sont si abstraits, si vagues, et si douteux, qu'ils perdent presque tout sens.  Et ils sont plus attach&eacute;s &agrave; eux-m&ecirc;mes qu'&agrave; leur sujet : leur &eacute;clat, leur langage, les enivrent et les emportent.  Baudrillard ne vous d&eacute;couvre pas l'Am&eacute;rique; il vous d&eacute;crit Baudrillard.

<P>Il parle de la fadeur, de l'inculture, mais il a rat&eacute; totalement l'aper&ccedil;u d'un de nos journalistes, Tom Wolfe (qui, lui, a un style assez pyrotechnique) : la vulgarit&eacute; de l'Am&eacute;rique vient en partie <b>de sa prosperit&eacute; m&ecirc;me</b>.  Ce n'est pas du tout parce que l'argent tue la culture-- l'art a toujours tenu le riche comme patron-- mais parce qu'en Am&eacute;rique, la classe moyenne/ouvri&egrave;re, le prol&eacute;tariat, avait pour la premi&egrave;re fois de quoi satisfaire leurs propres go&ucirc;ts-- et qu'ils ne raffolaient pas de la culture traditionelle (voire aristocratique).  On a donc des <i>monster truck rallys,</i> des <i>hot rods,</i> des conventions de trains miniatures, ou de &lt;&lt;Star Trek&gt;&gt;, des &eacute;quipes de bowling, le <i>ham radio,</i> les <i>Cabbage Patch Kids,</i> la &lt;&lt;youth culture&gt;&gt;, la &lt;&lt;culture de consommation&gt;&gt;.  L'Am&eacute;rique est le pays de la culture pop, non pas parce qu'il est un pays de sauvages, mais parce que c'est la premi&egrave;re nation bourgeoise : le pays o&ugrave; les minables sont ais&eacute;s.

<P>Baudrillard poursuit : &lt;&lt;&Agrave; New York... la puissance centrifuge est telle qu'il est surhumain de penser vivre &agrave; deux...&gt;&gt;  Auquel je dis : Tu penses ?  Ne se rend-il pas compte qu'on tombe amoureux aux USA, qu'on se marie, qu'on a des enfants-- qu'on y vit sa vie, exactement comme en Europe ?  

<P>Nos cultures se rapprochent, je crois.  Il y a &eacute;videmment bien des diff&eacute;rences entre nous.  Mais l'Europe ne souffre plus son entre-guerre, ni son apr&egrave;s-guerre; elle jouit de la m&ecirc;me prosperit&eacute; g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e que nous.  Elle a m&ecirc;me sa propre culture populaire-- la musique, les BD, la t&eacute;l&eacute;, les jeux de vid&eacute;o.  Et nous sommes ici un peu plus d&eacute;cadents-- et donc raffin&eacute;s; nous avons d&eacute;clin&eacute; un peu, exactement comme l'Europe; nous avons laiss&eacute; ce r&ocirc;le d'innovateur du monde--
la pays qui pose des questions, qui trouve de nouveaux moyens, qui vole des id&eacute;es sans honte et r&eacute;invente une culture hybride--
aux japonais. 

<P><FONT COLOR="#444444"><i>Suit la traduction en anglais.</i></FONT>
<BR><A HREF="default.html">[Retour]</A>
<HR>

<h3><A NAME="english">Wasting time with Baudrillard</A></h3>

<P>I'm reading a little book a French friend recommended: <CITE>America</CITE> by Jean Baudrillard, card-carrying French intellectual.  I have to say that I'm not impressed.  It's not a book on America at all; it's a masturbatory poem provoked by a dream of America.  

<P>Take this sample passage (chosen pretty much at random, the whole book is like this):

<BLOCKQUOTE>
There's a sort of miracle in the insipidity of these artificial paradises, so long as they attain the greatness of an entire (un)culture.  In America, space gives scale even to the insipidity of the 'suburbs' and 'funky towns'.  The desert is everywhere and keeps meaninglessness at bay.  A dessert where the miracle of the car, of ice and whisky is repeated every day: wonder of facility linked to the fatality of the desert.  A miracle of obscenity, stricly American; of total availability, or the transparency of all functions in space, which however remains indivisible in its extent and cannot be tamed except by speed.
</BLOCKQUOTE>

<P>His style has wit and movement, but there is hardly a sentence in it that can be taken without correction.

<UL>
<LI> He talks about the desert a lot, and of course the desert <b>is</b> impressive, and it's completely surreal to build cities in the middle of it (Los Angeles, Phoenix, Las Vegas).  But the desert is in the Southwest, historically the <b>last</b> part of the country to be settled.  It could not then have contributed much to the national character.

<LI> &quot;Insipidity&quot; and &quot;unculture&quot;... that's the kind of insult I expect from schoolboys on the Net, not from great writers.  It's nothing but the classic snobbery of the European intellectual with regard to the American savages: &quot;You people may have money to burn, but <b>we</b> have <b>culture</b>.&quot;  This pose is a bit outdated these days, when prosperity and bad taste are as prevalent in Europe as here. 

<P>(My French friends explain that for Baudrillard &quot;insipidity&quot; is virtually a compliment; for him European culture is atherosclerotic, and America seems like a liberation.  But this is just the opposite side of the same ignorance.  He invents a fantasy America to berate tired old Europe with.)

<LI> There's <i>funky,</I> there's <i>town,</I>,but there's no such thing called a <i>funky town.</I>

<LI> &quot;Obscenity&quot; is strictly American?  If he means lust or decadence, you can find those just as easily in Paris, Rome, or Bangkok.  (Perhaps he's never seen Fellini?)  Same thing with banality, or greed, or the horrors of our foreign policy.
</ul>

<P>Later on we read: 
<BLOCKQUOTE>
Where they [other interpreters of America] spend their time in the libraries, I spend it in the desert and on the roads.  Where they take their subject from the history of ideas, I take mine from the present, from the movement in the streets... This country is na&iuml;ve; you must be na&iuml;ve there as well.
</BLOCKQUOTE>

Nice methodology!  He can do anthropology simply by driving down the Interstate!  And of course, never entering a library or considering an idea, he doesn't run much risk of encountering any &quot;culture&quot;.

<P>It may be that I just don't understand French intellectuals.  They have, it seems to me, a tendency to overgeneralize; their remarks are so abstract, so vague, and so suspect, that they lose almost all meaning.  And they are more attached to themselves than to their subject: they're drunk on their own literary &eacute;clat, carried away by their own verbiage.  Baudrillard doesn't tell you about America, but about Baudrillard.

<P>He talks about insipidity and unculture, but he's completely missed the insight of Tom Wolfe, who (with just as pyrotechnic a style) understood that the vulgarity of American culture comes in part from its very prosperity.  This is not because money kills culture-- art has always depended for patronage on the rich-- but because in America, the middle and working classes, the proletariat, has for the first time in history had the means to satisfy its own tastes-- which are not at all those of traditional (aristocratic) culture.  So we have monster truck rallys, hot rods, miniature train collectors, Star Trek conventions, bowling teams, ham radio, Cabbage Patch Kids, youth culture, the consumer culture.  America is the country of pop culture, not because it's a nation of savages, but because it is the first middle class nation; a country where the average Joe is (historically speaking) well off.

<P>Baudrillard continues: &quot;In New York... centrifugal force is such that it's superhuman to think of living as a couple...&quot;  Say what?  Apparently it's news to Baudrillard that in the USA people fall in love, marry, have children-- that people live their lives, exactly as in Europe. 

<P>Our cultures are getting closer together.  Obviously there are important differences between Europeans and Americans.  But Europe is no longer undergoing its interwar or postwar crises; it's enjoying the same more or less generalized prosperity as we are.  It even has the same Wolfean pop culture: music, comics, TV, theme parks, video games.  And we've become rather decadent-- that is, sophisticated.  We've declined a bit, just like Europe; we've left the role of the world's innovator-- the place that asks questions, that finds new ways to do things, that shamelessly steals and reinvents a hybrid culture-- to the Japanese.

<HR>

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</BODY> 
</HTML> 

Anon7 - 2021